Robe de mariée destinée à un jour de noces improbables, manteau brodé à porter dans l’au-delà, lors du Jugement dernier, chandail à col roulé fait de brins d’herbe enlacés ou encore chaussures à ressorts pour faciliter l’envol dans les airs.
Provenant du monde entier, les auteur.e.s réuni.es, ont réalisé costumes et parures à la forte portée symbolique. Certain.es les ont revêtus, faisant de leur propre corps le support de leur expression lors d’étranges performances, publiques et solitaires. Conçues avec des matériaux humbles, souvent récupérés et transformés, ces tenues d’apparat ont été cousues, brodées, tissées ou peintes, de manière innovante, dans un esprit de jubilation, d’ironie et de rebellion. Elles ont valeur de résistance. Ces créateur.trices de la marge inventent des vêtements fantasques et intimes pour leur propre usage, hors de tout cadre institutionnel et de toute officialité. Si plusieurs d’entre eux ont une fonction réparatrice ou constituent une enveloppe protectrice, elles leur permettent aussi d’élargir les limites du réel et de se livrer à une aventure onirique et théâtrale qui nourrit leur quête existentielle. Ils retrouvent leur identité et affirment dès lors leur présence au monde. Chacun.e y imprime ce qu’il a de plus précieux, l’expression de son corps, en creux, comme s’il confiait : « Ceci est mon corps ».
Les auteur.es sont entre autres : Arthur Bispo do Rosário, Madge Gill, Marguerite Sirvins, Helga Gœtze, Charlie Logan, Jeanne Laporte-Fromage, Eijiro Miyama, Gustav Mesmer, Giovanni Battista Podestà, Vahan Poladian, Agnes Richter, Melina Riccio, Giuseppe Versino.
La plupart des 130 illustrations reproduites (dont certaines œuvres récemment découvertes) est conservée à la Collection de l’Art Brut, à Lausanne, au Centre Pompidou, au Musée d’art moderne, d’art contemporain et d’art brut à Lille-Villeneuve d’Ascq, à La Fabuloserie, à Dicy ainsi que dans plusieurs collections publiques et privées étrangères.
L’ouvrage comprend un essai de Lucienne Peiry, une présentation et une analyse d’une vingtaine de créateur.trices d’Art Brut, illustrée par leur portrait et environ cinq de leurs œuvres. Le livre contient également un entretien inédit avec Jean Starobinski sur l’Art Brut et l’importance du corps, datant de 2013.
Quelques découvertes seront révélées, comme par exemple des bribes du journal intime de la créatrice allemande, Agnes Richter, qui avait volontairement dissimulé des écrits brodés dans un écrin textile, invisible de l’extérieur. L’œuvre est conservée à Heidelberg, en Allemagne, dans la Collection Prinzhorn.